Tout est dans le nom de
la catégorie sociale. Actif. Les travailleurs (salariés,
indépendant, etc.) sont des actifs (même les chômeurs sont des actifs) et nous, les étudiants, sommes
des inactifs. Des fainéants, des flemmards, des profiteurs, un futur
peu prometteur...
Ici je vais parler de
notre façon de vivre (parfois même de survivre) et d'exister dans
une société qui nous a déjà labellisé comme inutile.
Alors comprenez moi bien,
ici je ne fais pas la critique de notre système éducatif. Je crois
qu'on est pas les plus mal lotis (bourses, aides au logement,
beaucoup de fac, beaucoup de cursus publics...).
Je ne suis pas là pour
râler mais pour remettre en place les « Adultes ». Oui,
à presque 20 ans je dis encore adultes quand je parles des personnes
en dehors du système scolaire. (sauf les plus de 30 ans à la fac).
C'est pour vous dire à quel point je suis conditionnée...
En
tant qu'étudiante en fac de Sciences humaines j'ai un emploi du
temps très peu chargé (à peine 20h de cours par semaine, des
vacances d'été précoces et une rentrée plus ou moins tardive) et
grâce à ça j'ai eu le droit à des :
« Bh
ça va tu te foule pas... » « T'es fatigué ?! Moi
je fais du 35h, ça c'est de la fatigue »
Face
à ces remarques on fait mine de trouver ça drôle et on sourit, on
compati même.. C'est vrai que 35h/semaine c'est pas facile. Et loin
de moi l'idée de dénigrer cela.
Je
veux juste que le monde entier comprenne qu'un étudiant, pour
réussir son année, sa licence, sa vie, doit bosser dure et pas que
pendant les cours qu'on lui a donné.
Pour
vous expliquer, je parlerai des devoirs que j'ai du rendre pour le
premier semestre de ma première année de Licence et ce qu'il est attendu de nous.
En
dehors de nos 20 heures de cours (toutes obligatoires sinon
sanctions), un étudiant doit pouvoir retaper, réécrire, ses cours d'Amphi (Cours Magistraux) , mais aussi de TD (classe classique), pour
espérer réussir ses examens finaux (partiels ou continus). Pour
retaper 2 heures de cours, il faut environ 1h30 si on est rapide et
qu'on a été attentif aux cours. Ayant 3 CM et 6 TD, mais soyons
honnête 1 seul requiert une réécriture, au temps de cours se
rajoute 6 heures de retapage de cours. Par semaine. (Sans compter les
heures de fichages avant les partiels).
Aussi,
et cela dépend de votre licence, votre cursus, il y a les devoirs,
les exposé, les dossiers... Le semestre dernier nous devions faire
un exposé, rendre un mini-mémoire sur cet exposé, rendre un
dossier complet sur une enquête ethnographique, une fiche de lecture
et tout ça avant les vacances de Noël. Je vous laisse imaginer les
airs paniqués sur nos visages quand on se croisait à la
Bibliothèque.
Tous
ces devoirs demandaient beaucoup plus d'heures de travail et
d'implication que n'importe quel élève (postbac) de la classe
aurait jamais pu vivre au lycée.
Début
décembre c'était la grosse claque pour moi. Je me suis presque
enfermée à la BU pour lire en diagonale tous les bouquins sur mon
sujet d'exposé que la BU proposait, dès que j'avais une heure de
pause, j'y allait pour écrire et finaliser des parties des dossiers
à rendre.
Non,
la vie d'étudiante ne se résume pas à quelques heures de cours
dans la semaine et aux soirées.
Non
les étudiants ne sont pas des fainéants.
Ceux
qui veulent réussir leur année, leur licence, leur vie, se battent
et travaillent jusqu'à l'épuisement parfois.
Alors
oui excusez nous, des fois on fait la fête mais nous on est encore
jeune et on a besoin de ça pour décompresser.
Parce
que vous, travailleurs des 35heures, vous travaillez dur ? ok.
Vous vous levez tôt ? ok. Mais pour la plus part d'entre vous,
une fois rentré chez vous, vous pouvez vous permettre de ne plus
penser à votre travail (que vous l'aimiez ou pas) jusqu'au lendemain
matin.
Nous,
on est étudiants. Étudiants à temps plein, 24 heures sur 24. Quand
on rentre chez nous (appartement, papa/maman..) on peut pas se dire
« c'est bon je suis chez moi, je pense plus à ce dossier que
je dois rendre dans une semaine et qui doit être absolument bon
sinon je risque mon semestre ».
Je
n'ose même pas calculer le nombre d'heures de travail qui se rajoute aux 20
heures de cours.
Et
puis là je ne parle que du côté scolaire de l'étudiant. Un
étudiant qui n'habite plus chez lui doit être capable de payer un
loyer, des factures, etc. On est dans un beau pays alors il y a la
bourse du CROUS, qui n'arrive jamais à la même date et parfois en
pleins milieu du mois (le CROUS c'est dame nature), mais dans beaucoup
de cas la bourse n'est pas assez pour payer tout ça et l'étudiant
doit se prendre un job.
Ici,
j'aimerai qu'on évite les remarques de vieux « oui mais moi
j'ai commencé à travailler à 15 ans.. » blablabla. Papi,
Mamie, sauf mon respect vous n'étudiez pas en même temps.
Jongler
entre un travail alimentaire et les études c'est quelque chose que
vous, chers travailleurs des 35 heurs n'avez pas à faire.
Finalement je crois que je peux facilement dire qu'une vie d'étudiante est très fatigante et qu'on a pas besoins de vos remarques sarcastiques sur nos emplois du temps quand on vient de passer 5 heures à la BU le nez dans 6 bouquins.
Tout
cela expliqué, j'espère que vous comprenez et que vous pouvez
montrer, maintenant, un peu plus de respect dans ceux qui composeront le
futur de votre pays.
Évidement,
tous les cursus ne demandent pas la même somme de travail et chaque
étudiant travail à sa façon.